Sur la fiche d’un produit de skate, la moitié des mots sont en anglais et tous désignent quelque chose de très précis. Hanger, durometer, wheelbite, switch : aucun n’est décoratif ; chacun nomme une pièce ou un comportement qui change ce que vous achetez et votre façon de rouler.
On les regroupe par blocs — planche, trucks, roues, formes et vocabulaire du skate — parce que chaque mot se comprend mieux à côté de ses voisins que dans une liste alphabétique. Quand un terme a son propre guide, le lien est là.
Les parties de la planche
Planche (deck). Le plateau de bois sur lequel vous montez. Elle se vend seule, sans trucks ni roues, et c’est la pièce qu’on remplace le plus souvent. On dit « planche », mais aussi « deck » et « board ».
Le nose et le tail. Les deux pointes relevées, quasi symétriques sur une planche moderne. Personne ne dit « nez » ni « queue ».
Kicktail. L’inclinaison des pointes. C’est ce qui permet de lever l’avant avec le pied : sans kicktail, ni ollie ni manual.
Concave. À quel point la planche est creusée d’un bord à l’autre. Un concave marqué donne plus d’accroche au pied pour les flips ; un concave doux est plus confortable pour rouler. Le guide des tailles le détaille.
Empattement (wheelbase). La distance entre les deux paires de trous où se vissent les trucks, en général de 13” à 14,5”. Court, ça tourne plus vite ; long, c’est plus stable à vitesse.
Grip (griptape). Le papier de verre adhésif collé sur le dessus. Il empêche le pied de glisser et permet de faire remonter la planche en frottant la chaussure.
Plis (plies). Les couches de bois pressées à la colle. Le standard, ce sont sept plis d’érable canadien ; la fibre, le carbone ou l’époxy sont des variantes sur cette base.
Hardware. Les huit boulons qui fixent les trucks à la planche. Les boutiques les vendent sous ce nom.
Les parties d’un truck
Trucks. L’ensemble métallique qui relie les roues à la planche et la fait tourner quand vous vous penchez. Personne ne dit « essieux » : guide des trucks hi et lo.
Hanger. La pièce horizontale qui porte les roues. Sa largeur en millimètres doit correspondre à celle de la planche, et sa hauteur distingue un truck Hi d’un Lo.
Baseplate. La platine vissée sous la planche, sur laquelle pivote le hanger. Sa géométrie explique que deux marques de même largeur ne tournent pas pareil.
Kingpin. La vis centrale qui comprime l’ensemble. La serrer rend le truck plus stable ; la desserrer, plus vif. Le réglage gratuit et immédiat.
Bushings (les gommes). Les deux anneaux d’uréthane que le kingpin comprime, et ce qui décide vraiment de la dureté du truck. Ils coûtent 5 à 15 € et changent plus la sensation qu’un changement de marque.
Pivot cup. La coupelle en plastique où repose la pointe du hanger. Quand un truck grince ou a du jeu, c’est souvent cette pièce à deux euros.
Riser pads. Les cales en plastique entre truck et planche qui donnent de la hauteur. Elles permettent de monter de grandes roues sans frottement.
Roues et roulements
Durometer. L’instrument et l’échelle qui mesurent la dureté de l’uréthane. Ce n’est pas une invention du skate mais une norme industrielle, la dureté Shore.
Échelle A et échelle B. L’échelle A va en pratique de 78a (très tendre) à 101a (très dure). Au-delà de 100a elle perd en fiabilité, d’où l’échelle B utilisée par des marques comme Bones : elle se lit 20 points en dessous, donc une 84b équivaut à une 104a.
Uréthane. Le plastique élastique dont sont faites les roues et les bushings. La qualité de la formule sépare un jeu à 30 € d’un jeu à 60 €.
Contact patch. La surface de la roue qui touche le sol. Large, elle accroche ; étroite, elle décroche plus tôt, ce que beaucoup recherchent pour les powerslides.
Flatspot. Le méplat qui apparaît quand la roue se bloque et frotte sur le bitume. Une fois là, la roue vibre à chaque tour et rien ne le corrige : guide des roues.
Wheelbite. La roue qui frotte la planche en tournant et vous arrête net. Ça arrive avec de grandes roues sur des trucks bas ; on corrige avec des riser pads ou des roues plus petites.
608. La taille standard du roulement de skate : 8 mm de diamètre intérieur. Tous le sont, donc n’importe quel jeu va dans n’importe quelle roue.
ABEC. Une échelle qui mesure la tolérance de fabrication d’un roulement, pas la vitesse à laquelle vous roulez. L’échelle ABEC est définie hors du skate, et c’est pour ça qu’elle le mesure mal : guide des roulements.
Spacers (entretoises). Les cylindres métalliques entre les deux roulements de chaque roue ; ils répartissent la charge à la réception.
Formes et tailles
Popsicle. La forme moderne : symétrique, nose et tail semblables. C’est ce qu’il faut acheter en cas de doute, parce que c’est fait pour les tricks.
Shaped. Toute planche qui sort du popsicle : plus large, asymétrique, avec le nose coupé ou le tail carré. Pour le bowl et le cruising.
Old-school. Les silhouettes des années quatre-vingt, larges, avec un nose bien plus petit que le tail. Belles, et mauvaises premières planches.
Largeur en pouces. Une planche se mesure en largeur, pas en longueur, et le chiffre tombe presque toujours entre 7.5” et 9”. En Europe, 8.0”, 8.25” et 8.5” font 65 % de ce qui se vend : comment choisir la vôtre et ce qui existe en 8.25”.
Complete. Un skate déjà monté et prêt à rouler. L’alternative est de le monter pièce par pièce, comme le détaille le guide des prix.
Setup. La combinaison précise de pièces que quelqu’un roule : « c’est quoi ton setup ? » veut dire quelle planche, quels trucks et quelles roues.
Le vocabulaire du skate
C’est ici que le phénomène est le plus net : aucun de ces termes ne se traduit. On les dit pareil à Barcelone, Lyon et Berlin.
Pop. Le claquement sec du tail au sol qui envoie la planche. Une planche « avec du pop » répond fort ; quand le bois fatigue, elle a perdu son pop.
Ollie. Le saut de base : vous claquez le tail et remontez le pied avant sur le grip pour que la planche monte avec vous. C’est la porte d’entrée vers tout le reste (ollie).
Flip. Tout trick où la planche tourne sur elle-même sous les pieds ; le kickflip est le plus connu.
Grind. Glisser sur les trucks, sur le métal, le long d’un rebord, d’une barre ou d’un box.
Slide. La même chose, mais en glissant sur le bois plutôt que sur les trucks. Un powerslide est autre chose : faire chasser les quatre roues sur le côté pour freiner.
Manual. Rouler en équilibre sur deux roues, comme un cabré à vélo, sans que le nose ni le tail touchent le sol.
Regular et goofy. La position des pieds : regular, c’est pied gauche devant ; goofy, pied droit. Aucune n’est meilleure ; c’est comme être droitier ou gaucher.
Fakie. Rouler en marche arrière en gardant sa position de pieds habituelle.
Switch. Rouler les pieds inversés, comme si vous étiez de l’autre pied. Aussi difficile qu’écrire de l’autre main, et c’est pour ça que ça compte.
Bail. Lâcher le trick en cours de route et sauter de la planche avant de tomber : une décision, pas un accident.
Sketchy. Un trick passé, mais moche et de justesse. Se dit aussi d’un spot au sol pourri.
Ce qui reste en anglais et ce qui se traduit
En français la règle est moins nette qu’ailleurs, et c’est ce qui piège les débutants. On traduit planche, roues et roulements sans hésiter, mais ni trucks — essieux est un mot que personne n’emploie — ni le nose, le tail, le grip ou le concave. Empattement et wheelbase cohabitent selon les fiches. Et tout ce qui se fait sur la planche reste anglais : pop, ollie, grind, slide, manual, switch, fakie, bail.
Ailleurs, le découpage tombe autrement. En catalan et en espagnol, les trucks se traduisent bel et bien (eixos, ejes) et la planche aussi (taula, tabla), alors que le nose et le tail restent anglais comme ici. En allemand, la planche est Deck et pas Brett, mais roues et trucks se traduisent (Rollen, Achsen) et les tricks se conjuguent : ollien, grinden, sliden. Les petites pièces — hanger, kingpin, bushings, pivot cup, baseplate — et les mesures — contact patch, flatspot, wheelbite — restent anglaises partout. Le guide des marques européennes et le catalogue traduisent en pratique.
Questions fréquentes
Quelle différence entre une planche et un complete ?
La planche, c’est seulement le plateau de bois. Un complete arrive avec trucks, roues, roulements, grip et visserie, et se roule en sortant de la boutique. Si c’est votre premier, l’ordre des décisions est dans le guide pour débutants.
Pourquoi autant de termes anglais ?
Parce qu’il est né en Californie dans les années soixante-dix et a voyagé avec les vidéos et les magazines, pas avec les dictionnaires. Les mots qui existaient déjà — planche, roues — ont été traduits ; ceux qui nommaient des choses nouvelles, non. La frise chronologique montre comment l’industrie s’est formée.
Que veut dire qu’une roue est en 99a et une autre en 84b ?
Que les deux sont dures et la 84b encore plus : l’échelle B se lit 20 points sous l’échelle A, donc elle équivaut à une 104a. En Europe, le 99a représente 35 % des roues vendues et le 101a 15 % de plus.
Les numéros de trucks veulent-ils dire la même chose chez toutes les marques ?
Non. Un « 149 » chez l’une et un « 148 » chez l’autre, c’est en général la même largeur de hanger. Regardez toujours les millimètres, pas le numéro commercial : guide des trucks.